
En général, je ne dis pas que je suis compositeur. Pourtant, je le suis, un peu, en tout cas. J’ai même composé des symphonies, des intermèdes, des chansons. J’adore composer.
En fait, c’est ma principale respiration, que je vois comme une autre manière de « faire » de la poésie.
Peut-on faire de la poésie ?
Je ne crois pas. Par contre, je pense qu’on peut la refléter, la dire, l’inventer en mots qui ne sont que les reflets d’une vie « d’en-Haut », une vie, vitale pour l’âme, c’est à dire pour cette partie de nous qui nous survivra et nous regarde, et demande à vivre sa propre vie, qu’elle nourrit de ce dont les âmes se nourrissent : de liberté, de beauté, d’infini, de lumière en somme.
Qu’est-ce que la lumière « en-Haut » ? En somme, c’est la question centrale : d’où vient cette prétendue lumière ? Quelle est-elle même ? C’est une question qui m’intrigue. En général, les spiritualistes emploient beaucoup ce mot de lumière pour parler du monde de l’esprit, soit symboliquement, soit plus concrètement, mais du réalisme de l’esprit, dans le monde de l’esprit, la lumière serait une sorte de réalité. Là, sur le principe, j’en suis certain, mais une réalité faite de quoi ?
Là, je ne sais plus trop : de quoi est faite cette lumière ?
On pourrait dire que la lumière physique, cet assortiment de particules et d’ondes, nous disent les savants, auréolé de toutes sortes de propriétés quantiques un peu étranges, et peut-être commodes pour dire en mots savants « je ne sais pas, mais c’est comme ça », est à l’image de cette lumière dont aura, âmes et peut-être tout ce « monde spirituel » sont faits.
Peut-être, probablement nous disent les ésotérismes : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » est-il écrit sur la table d’émeraude d’après les mots d’Hermès le trismégiste, mais quand même, mais je ne sais pas. ET comment pourrais-je le savoir, puisque même « en bas », on ne sait pas vraiment ce qu’est la lumière. On peut la décrire, la qualifier, en montrer le caractère contre-intuitif, tout ce qu’on veut, ok, mais une onde qui est une particule, c’est quoi ? « C’est comme ça » est en général ce que les plus grands physiciens pourront vous dire à ce sujet, au fond du fond.
Ce que je sais par contre, de manière absolument certaine, c’est que la musique est une sorte de lumière, au sens d’une nourriture.
Evidemment, c’est un peu étrange, comme expression, la musique considérée comme de la lumière, qu’on mange, en plus ! Bon, pourquoi pas, en effet, mais comment ?
C’est ça qui me touche, me parle : c’est que la musique, comme je la vois, ou la sens, elle est une nourriture dans laquelle on peut se baigner, ou qu’on peut respirer, c’est pareil. Et si on ne peut pas en manger, alors on a faim. Vous me direz, c’est poétique, patin-couffin. Bref, c’est amusant, mais on s’en fout, dans la vie réelle, on ne mange pas de la musique.
Mais bien sûr que si : où avez vous vu une publicité sans poésie, sans musique ? Un film sans musique ? Une vidéo, même de 15 secondes, sans musique, ça va faire bizarre, non. Donc on met de la musique. Pourquoi ? Parce qu’on en mange, c’est tout, c’est simple.
C’est pour ça que, pour moi, écrire de la poésie ou écrire de la musique, en réalité, c’est vraiment très proche.
Pas de poésie sans musique des mots, sans le rythme des syllabes, et ce qu’ajoute le sens des mots et des phrases, vient servir ce que leur musique dit déjà, ou alors, c’est raté, c’est juste des mots, du papier, qu’on froissera.
Pour la musique, c’est pareil : elle est une phrase, plurielle, sans cesse dite par toute une quantité d’êtres, mais ces êtres eux-mêmes ne sont pas réellement indivisibles, comme peuvent l’être des choses ou des êtres dans le monde visible. Je les vois comme des réalités, qui parlent, oui, mais en chantant, en disant ce que nous appelons musique.
J’ai toujours entendu de la musique, pas tout le temps dans une journée, mais souvent quand même, simplement, cela m’a pris plus de 50 ans pour passer de la musique que j’entendais à l’expression de cette musique : même siffler ce que je percevais, impossible, je n’y arrivais pas. Et puis un jour, au Bonfin, c’est arrivé, cette musique que j’entendais, c’était une forme de concert de trompettes ou de cuivres, boum, j’ai pu la redire sur un piano, dans sa mélodie, en tout cas.
A partir de ce jour-là, j’ai commencé à essayer de dire cette musique, et j’essaye encore. Est-ce que c’est réussi ? Non, ce n’est pas réussi, pas encore.
Mais j’essaye.
