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La chanson de l’hiver

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Ce poème est l’histoire des moments parmi les plus douloureux de l’histoire de l’humanité. Il y en a eu de pires encore, bien sûr. Dans le domaine du pire, la liste est lourde et longue.

Mais ce qui est peut-être le plus douloureux dans l’histoire humaine, c’est de voir qu’au cours des âges les aspirations les plus belles, les plus poétiques, les plus inspirées, ont presque toutes finies dans l’anéantissement.

Alors, j’ai essayé de comprendre pourquoi, et la réponse que j’ai trouvée, celle que nous donnent les sages – les sages, pas moi ! – c’est que ce qui n’est pas parfait doit céder la place à ce qui sera plus tard plus beau, plus robuste.

Ce “diable” qui semble avoir détruit tant de choses est en réalité un aspect de la main de Dieu. Et par “Dieu”, je désigne une intelligence globale de l’univers. Ce diable qui serait un aspect de la “main de Dieu”, c’est un concept ésotérique un peu compliqué à comprendre, c’est vrai, mais voilà, c’est tellement logique : ce qui n’est pas parfait est défait par l’univers.

Et seul le mal peut défaire, ce n’est pas la fonction du bien. Le mal détruit, le bien construit, c’est sa dimension.

Le mal est donc une des mains du Bien en réalité, mais un bien lointain, dont le mal n’a évidemment pas conscience. Pourtant l’histoire du mal a une fin, en tout cas l’histoire du mal qui domine.

A un moment donné de l’histoire humaine, le bien reviendra, et en fait je pense que nous sommes déjà dans cette époque où le Bien, le grand bien est en marche. Est-ce que c’est une vision optimiste, très optimiste même ?

Non, vraiment, pas tant que ça en réalité. Il y a tant de choses qui vont dans le bon sens en réalité, et nous ne l’apercevons pas, ou à peine, si obnubilés sommes-nous sur ce qui ne va pas.

Ce bien social émergent, que vient-il dire, vivre et faire ? Il vient reprendre tous ces anciens biens imparfaits, ces moments de grâce dans l’histoire humaine interrompus par la bêtise et l’ignorance, et leur fils, la peur, et il vient les parfaire.

Cela peut quand même sembler étrange de dire que le Bien vient, à l’heure où tout semble équivoque, bruyant, incohérent, violent, c’est vrai !

Pourtant le “Bien”, c’est à dire une sorte d’harmonie sociale, une musique légère et profonde qui émanerait de la société humaine, pourtant une telle musique se dégage déjà, dans le fracas de l’ancien monde qui s’effondre.

Tous les trésors que ce si vieux monde a aussi contribué à construire se dégagent des murs pesants derrière lesquels on a voulu, nous avons voulu les isoler, car nous toutes et tous avons été d’une certaine manière solidaire de ce moyen-âge finissant.

De cette poussière faite de tant de rumeurs et de certitudes étroites émergent la clarté et la beauté du savoir ésotérique, de la gentillesse, de la douceur sociale, de la solidarité planétaire, cet autre mot pour dire fraternité, ou sororité, enfin qu’importe puisqu’il s’agit de dire une seule famille humaine.

La statue de la liberté n’appartient pas qu’aux Etats-Unis. “Give me your tired, your poor, your huddled masses yearning to breathe free … I lift my lamps beside the golden door!” Voilà ce qu’écrivit une poétesse américaine, Emma Lazarus, pour son inauguration il y a quelques années, quelques, car 134 ans, ce n’est presque rien, pensons-y.

Statue de la liberté, Wikimédia

“Donnez-moi ceux qui sont épuisés, pauvres, masses blotties sur elles-mêmes aspirant a respirer un air pur et libre … j’élève ma torche auprès de la porte d’or !” : voilà, je pense, ce que l’histoire enfin dit à nous toutes et tous, qui sommes les migrants de l’ancien monde vers un nouveau monde général, qui n’est plus circonscrit à quelque hypothétique rêve américain ou régional.

Ce poème, il faut le retraduire ou le redire dans les mots actuels.

Que nous dit-il ? Ceci : la porte d’or est proche, la lumière de la beauté en indique le chemin, et l’humanité qui a trop souffert peut gagner sa dimension sacrée, celle qui a la dimension de la planète. Le nombre d’or de l’humanité, c’est simple, c’est une sphère, la terre !

*

~~~           Une chanson d’amour             ~~~

Not like the brazen giant of Greek fame

With conquering limbs astride from land to land

Here at our sea-washed, sunset gates shall stand

A mighty woman with a torch, whose fame

Is the imprisoned lightning, and her name

Mother of Exiles, From her beacon hand

Glows world-wide welcome; her mild eyes command

The air bridged harbor that twin cities frame.

« Keep, ancient lands, your storied pomp! Cries she

With silent lips, « Give me your tired, your poor,

Your huddled masses yearning to breathe free,

The wretched refuse of your teeming shore.

Send these, the homeless, tempest-tost to me,

I lift my lamps beside the golden door! »

Emma Lazarus

Dedication of The Satue of Liberty Enlightening the world

October 28, 1886.

Elle était assise dans le jardin des pierres

Dans le froid et le vent de l’hiver dénudait

Son épaule et seul vint le diable pour l’aider

Lui disant : « mon enfant, tu as soif de lumière,

Mais si le grain ne meurt et s’il ne reste en terre,

Comment portera-t’il le fruit qu’il veut donner,

Comment donnerait-il l’épi dont il est né,

Je suis venu briser la douleur qui t’enserre.

~~~

Elle chantait debout dans l’Eglise des Popes

Et le soleil dehors sur les bulbes dorés

Dessinait dans le ciel la ferveur vénérée

Où Constantinople avait rencontré l’Europe.

Des cent mille Eglises ne resta plus bientôt

Qu’ombre grise en la neige et oublié sitôt

Qui à tous avait semblé être inoubliable…



Mais sur la terre russe il vint aussi ce diable.

Or si le grain ne meurt et s’il ne va en terre,

Comment porterait-il ce fruit qu’il doit donner,

Comment donnerait-il ce blé dont il est né ;

Je suis venu briser la splendeur qui t’enserre.

~~~

Et ils étaient assis en cercle autour de lui

Auprès des Pandavas dans la tribu de Ram.

Et des monts aux collines le renom de l’ashram

Attirait ses fils comme gouttes dans la pluie.

Mais il vint encore ce diable destructeur

Et du village en paix sont restées quelques cendres

Et les yogis sont morts enchaînés pour descendre

Dans la plaine où régnait Aurangzeb l’empereur.

Car si le grain ne meurt au profond de la terre,

Comment recréerait-il ce qu’il devait donner,

Pourrait-il redonner l’amour dont il est né ?

Je suis venu briser ce que tu ne peux faire.

~~~

Et Pharaon était debout sur son char blanc

Désignes dans l’azur le nord, le sud et l’est

De la ville soleil et chacun de ses gestes

Dessinait dans le sable un formidable plan.

Et dix-sept ans après qu’est-il resté du lieu ?

Quelques pierres rasées, le chant des fondations,

Quelque écho des clameurs dans l’oubli des passions …

Mais qui s’est emparé de la cité des dieux ?

Si ce grain n’était mort dans la douleur du sable,

Aurait-il resurgi comme source nouvelle,

Que crois-tu pharaon que veux dire éternel ?

Je suis venu briser ce qui n’était pas stable.

~~~

Et elle était en transe au Palais de Ninive

Rassemblant les disciples aux sous-sols du Palais

Et l’encens qui brûlait lui disait qu’il fallait

Disperser ses élèves au-delà de la rive.

Mais elle ne put leur dire où il fallait aller.

Les soldats du roi triste ont fait leur triste ouvrage.

Ton savoir, ton amour, ni tous tes livres sages,

Ils sont là dispersés, où t’en es-tu allée ?

Car si le grain ne meurt, il ne saura comprendre

La faim de tous ceux-là qui ne mangent jamais,

Ne pourra les nourrir ceux-là que tu aimais,

Je suis venu briser l’effroi qui veut te prendre.

~~~

Et moi diable haï, je n’ai cherché qu’un Maître,

Je n’ai cherché qu’un Dieu qui ne soit pas fragile.

Je suis le feu des siècles qui détruit l’inutile

Et la douleur du grain est joie pour qui sait naître.

~~~

Dans le ciel d’Atlantique un feu depuis cent ans

Qu’une femme immense et fière tient dans sa main

Un feu depuis cent ans décrit un lendemain

Où vous tous exilés êtes ses habitants.

Un lendemain de paix, de vie simple et aimante,

La douceur d’un foyer, la joie de la prière,

L’amitié du travail ; clarté douce lumière,

Voici ta patrie, fraternelle et bienfaisante.

Et moi diable haï, moi qui ai tout détruit,

Moi pourtant serviteur du Dieu de la Justice,

De la Cité des Justes je deviendrai un fils.

Et ma fureur éteinte protégera le fruit

De vos vies exilées, de vos nouveaux semis,

Une seule cité pour connaître et s’aimer.

Or là sera ce blé que vous aviez semé,

Nul ne pourra détruire la cité des amis.

La cité des humains dans la nouvelle vie,

Qu’elle soit votre joie, votre espoir, votre droit,

Votre héritage est là, descendez de la croix

Vous habitez déjà cet immense pays

Où la planète Terre apprend à conjuguer

Fraternité humaine et liberté de l’âme.

Dans l’azur d’un seul ciel brille une même flamme

Qui rassemble la terre invitée par l’Amour.

Jean-Christophe Fadot. 22 octobre 1994.

© Jean-Christophe Fadot.

Par Jean-Christophe Fadot

Jean-Christophe Fadot est l'auteur de "Naissance d'une civilisation - Philosophie, politique et économie du nouvel âge", disponible sur www.amazon.fr, www.amazon.ca et amazon.com.
Jean-Christophe Fadot

2 réponses sur « La chanson de l’hiver »

Merci pour ce poème magnifique, inspirant, remuant, bouleversant même!
Dire que ce poème date de 1994! Que de trésor à découvrir encore cher poète…

Merci Lydie ! Les poèmes sont des noix que le vent a jetés à terre. L’automne vient, les recouvre de feuilles, l’hiver de givre et de neige, puis parmi les fleurs de mai, le poème enfin tisse sa voile dans le ciel du Printemps ! Que le vent l’emporte et en dise la saveur prêtée au poète ! 😉

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